DECEMBRE 2021

  • Si tu veux t’offrir un voyage psychédélique sans descente, et surtout voir le film de l’année

La fièvre endémique de Petrov ne m’a plus quitté depuis sa présentation à Cannes en juillet, de son plan séquence d’ouverture magistral, jusqu’aux larmes de ses applaudissements finaux. Certains reprocheront un fond difficilement cernable, mais qu’est-ce que l’on s’en branle face à une telle virtuosité de mise en scène. Serebrennikov déjà au sommet avec Leto, s’élève encore plus haut, et c’est dans une inventivité révoltée qu’il t’agrippe les épaules, ne te lâche plus, te plaque au sol, pour finalement mieux te relever, et te promettre que tout ira bien. Voyage psychédélique aux confins du rêve, de la mémoire et du subconscient, Serebrennikov joue avec nos sens comme un regard prolongé dans un miroir déformant qui bascule l’équilibre dans une apesanteur quasi cosmique. Voyage cinématographique inoubliable, qui fait de La fièvre de Petrov un film immense.« La fièvre de Petrov» de K. Serebrennikov,  sortie le 1erdécembre

  • Si tu as encore besoin de voir un nouvel exemple de toute la merditude du patriarcat

En réponse à « L’événement » de Audrey Diwan dont on a parlé le mois dernier, Mahamat Saleh Haroun filme Amina, une mère célibataire et isolée de l’être au Tchad, et son combat pour aider sa fille à avorter, et lui éviter un destin similaire dans un pays où l’avortement est un crime. On pense bien sur à Mati Diop avec « Atlantique » par sa mise en scène épurée, qui ne filme que l’essentiel sans grandiloquence malaisante (pour cela, se référer à « Capharnaüm » de Nadine Labaki) la souffrance d’une femme écroulée sous le poids du patriarcat et sa domination religieuse et morale omniprésente, rabaissant le rôle de femme à son unique capacité de reproduction. Mineur, mais marquant. « Lingui» de M.S.Haroun, sortie le 20 décembre. 

  • Si tu veux t’ennuyer dans un mélo bourgeois à la sauce échange de bébé

Contrairement à bien d’autres (au hasard Sofia Coppola et Wes Anderson), Almodovar se bonifie avec l’âge, moi qui ne supportait pas son cinéma stéréotypé à la focale trop serrée, il m’a prouvé avec « Dolor y Gloria » une capacité d’introspection et de distance sur son propre travail éminemment intelligent. Et ma déception est à la hauteur de mon attente, immense, face à un film maniéré et froid, qui ne laisse aucune place à l’émotion, mais grand champ au plan calculé et à la métaphore grossière. On s’ennui ferme dans ces palabres de bourgeoises en manque d’aventure. « Madres paralelas » de P. Almodovar, sortie le 1erdécembre

  • Si tu veux te rappeler ce bon goût de latex moulant des années 90 

Le blockbuster du mois avec le grand retour des fétichistes « sado-goth-bof », les amateurs du Donjon et de sa cave suante s’égosille déjà devant ce « revival « de moule-burnes à grand spectacle, ralenti excessif, et tentative on l’imagine bien merdouillée de raviver des fantômes générationnels qui ne demandaient qu’à rester dans notre mémoire d’ado aboyeur d’effets spéciaux. On voit mal ce qu’apportera ce 4ièmevolet, déjà anachronique à nos années Covid. « Matrix 4 » de L. Wachowski, sortie le 22 décembre